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La Surconsommation et la réutilisation

Parce qu’elle tire vers le bas la consommation de matières premières, la bicyclette est recommandée au nom d’une certaine équité entre les riches et les pauvres, entre le Nord et le Sud.1

La collecte de vélos : un exemple de réutilisation

Revenant d’un séjour à Cuba, Claire Morissette, fondatrice de Cyclo Nord-Sud, fut frappée par le grand nombre de vélos abandonnés dans les rues de Montréal. Elle fut d’autant plus choquée par ce constat qu’elle avait pu observer quelques jours auparavant dans les rues de La Havane à Cuba à quel point un vélo — pas toujours du dernier modèle en vogue — pouvait être utilisé pour plusieurs raisons : se déplacer pour aller travailler, transporter les récoltes au marché, pour se rendre à l’école ou visiter parents et ami(e)s, etc.

  • Il se vend quelque 600 000 vélos annuellement au Québec et près de 1,5 million au Canada;
  • Capables d’une durée de vie de plus de 20 ans, les vélos sont pourtant abandonnés après seulement 5,5 années en Amérique du Nord;
  • Le vélo sert souvent 5 à 10 personnes de plus que son acquéreur(e).

L’exemple de vélos périssant sous la neige de Montréal alors qu’ils ont le potentiel d’être utilisés jusqu’à leur dernier souffle à La Havane ou dans les rues de Bamako en Afrique, n’en est qu’un parmi tant d’autres du phénomène de la surconsommation et du manque de réutilisation.

Une piste d’action offerte par Cyclo Nord-Sud est de promouvoir la réutilisation des vélos en leur donnant une deuxième vie auprès de gens qui n’auraient pu se procurer leur propre vélo autrement. Cyclo Nord-Sud travaille de concert avec des bénévoles pour organiser des collectes de vélos partout au Québec. La presque totalité des vélos recueillis sont envoyés dans divers pays du Sud où, par l’entremise de groupes communautaires, ils sont redistribués à des gens qui pourront les utiliser pour subvenir à leurs besoins.2

Quand la consommation devient boulimique au Nord alors qu’on ne mange pas toujours à sa faim au Sud

N’est-il pas étrange de constater que la durée de vie moyenne d’un vélo en Amérique du Nord varie de cinq à sept ans, alors qu’il sera utilisé en moyenne pendant plus de 20 ans dans un pays du Sud ? Pourquoi une disparité aussi frappante ?

Vous vous êtes peut-être familiarisés avec la statistique selon laquelle il faudrait cinq planètes Terre pour supporter le rythme de consommation des Nord-Américains si la population mondiale consommait au même rythme et que la cinquième planète servirait de dépotoir.

Pays Nombre de planètes nécessaires POUR
maintenir le rythme de consommation
Tableau illustrant la valeur de la capacité biologique nécessaire si les modèles de consommation de certains pays étaient mondialisés3
États-Unis 5,4
Canada 4,2
Royaume-Uni 3,1
Allemagne 2,5
France 2,5
Italie 2,2
Afrique du Sud 1,4
Argentine 1,2
Costa Rica 1,1
Inde 0,4

Alors que les populations et les industries de nombreux pays du Nord consomment plus que leur part de ressources, d’autres segments de population, en grande majorité dans les pays du Sud, n’arrivent même pas à combler leurs besoins essentiels. Bref, tout ceci n’est pas sans nous amener à remettre en question les modes de consommation répandus dans notre société et ce qui les encourage.

  • 1. Benoît Lambert, Cyclopolis, ville nouvelle : contribution à l'histoire de l'écologie politique, Georg éditeur, 2004, p. 84. Une discussion plus détaillée sur l’emploi des termes « Nord » et « Sud » se retrouve au module La solidarité Nord-Sud de cette trousse.
  • 2. Voir la vidéo Cyclo Nord-Sud : organiser une collecte.
  • 3. Annie Leonard, Planète jetable, Écosociété, 2010, pp. 222–223.